La nomination des juges: Véronique Hivon intervient
QUÉBEC - Le processus de nomination des juges est de nouveau venu hanter le gouvernement hier, à l’Assemblée nationale. Dans un cafouillage plutôt spectaculaire, le premier ministre Charest a dû démentir une «erreur» de l’attachée de presse de sa ministre de la Justice, Kathleen Weil.
Dans Le Devoir de jeudi, Sarah Pilote-Henry, nommée il y a trois semaines au cabinet de Mme Weil, expliquait que la courte liste des prétendants au poste de juge était «connue du Conseil des ministres». Une telle procédure, si elle avait été réellement instituée, aurait constitué un changement aux règles en vigueur. Pis encore, elle aurait exposé le titulaire du portefeuille de la Justice à de multiples pressions politiques.
«Depuis l’élection du gouvernement (en 2003), le processus est le même, a assuré le premier ministre Charest, bombardé de questions par l’opposition. La personne qui a donné cette information a erré et, de toute évidence, avait une mauvaise information.» La ministre de la Justice, Kathleen Weil, a juré que «les listes ne circulent pas en Conseil des ministres. Il y a eu une confusion. Il n’y pas de mensonges. Il y a des erreurs dans la vie.»
Peu convaincue par ces réponses, la péquiste Véronique Hivon a lancé que le gouvernement «joue sur les mots. La liste ne circule peut-être pas, mais les noms sont connus.»
MacMillan dans l’embarras
Une autre tuile est tombée sur les libéraux à la suite de révélations de Radio-Canada, mercredi soir, qui s’est entretenue avec Guy Bisson, organisateur libéral dans la région de l’Outaouais.
Ce dernier a admis avoir parlé, en 2003, de la candidature de son fils au poste de juge à un ami de longue date, Norman MacMillan, ministre délégué aux Transports. M. MacMillan a reconnu, de son côté, en avoir glissé un mot au ministre de la Justice de l’époque, Marc Bellemare.
«J’ai juste fait le message que monsieur avait postulé à un poste. C’est tout ce que j’ai fait. Sais-tu c’est quoi le rôle d’un député pour un commettant dans sa région? C’est de le défendre ou de le représenter», a soutenu le ministre délégué.
L’information communiquée au ministre Bellemare ne visait aucunement à influencer sa décision, a juré Norman MacMillan. «Je l’ai dit au ministre dans le corridor au (restaurant de l’Assemblée, Le) Parlementaire. Je n’ai fait aucune pression», a-t-il réitéré.
Plus tôt en matinée, Jean Charest s’était lui-même porté au secours du député de Papineau. «C’est la compétence qui détermine si, oui ou non, une personne est nommée à la magistrature. Il y a des gens qui peuvent essayer d’influencer indirectement, mais une fois qu’ils disent ces choses, il y a un processus de prévu (...). Qu’une personne dise: j’ai soumis ma candidature, ça arrive. Ça a toujours existé. Ça relève du bon sens», a-t-il minimisé.
Jouissant de l’immunité parlementaire pour ses propos prononcés en Chambre, le député du PQ Bernard Drainville a choisi de s’attaquer directement à l’intégrité de M. MacMillan: «Quand on sait que le ministre délégué aux Transports doit ramasser 100 000 $ par année pour rester ministre, est-ce qu’on peut savoir combien ça lui a rapporté de nommer le fils de son collecteur de fonds juge?» s’est-il demandé.
Se disant «très insulté» par ces insinuations, M. MacMillan a parlé d’un «coup très bas».
Source:
Journal de Québec
Par Taïeb Moalla
Le 15 avril 2010


