Charest veut lever le serment de Bellemare

Le Soleil, par Simon Boivin, le 16 juin 2010 – Jean Charest veut ouvrir la voie à un témoignage de Marc Bellemare en l’affranchissant de son serment ministériel de confidentialité.

Empêtré dans les allégations de son ex-ministre qui se fait tirer l’oreille, le premier ministre Charest veut lever un obstacle juridique à son témoignage. L’immunité offerte aux témoins par la commission Bastarache ne protège pas M. Bellemare d’une poursuite s’il brise son serment.
«C’est une chose que le Conseil exécutif étudie actuellement pour qu’on puisse s’assurer que toute l’information nécessaire soit disponible», a révélé M. Charest, mardi.
Outre le cas de la commission Bastarache, le serment est aussi un obstacle au témoignage de M. Bellemare devant le Directeur général des élections (DGE). L’ex-député de Vanier contestera vendredi en Cour supérieure son assignation du DGE. Les libéraux espèrent lui faire perdre l’argument de la confidentialité.

La question du serment ne règle pas celle du manque d’indépendance et d’impartialité que M. Bellemare reproche au commissaire Michel Bastarache. «M. Bellemare doit témoigner, insiste Jean Charest. Je ne vois pas d’autres alternatives. Sinon, franchement, beau-coup de Québécois ne comprendront absolument rien aux interventions de M. Bellemare.»
À la mi-juillet, le premier ministre Charest doit participer à un interrogatoire dans le cadre de la poursuite en diffamation qu’il a intentée à son ex- procureur général.
D’après l’opposition officielle, la commission ne peut survivre sans le témoignage de M. Bellemare. «Jean Charest a un sérieux problème sur les bras», affirme la porte-parole péquiste en matière de Justice, Véronique Hivon. «Il a voulu être juge et partie. Maintenant, qu’il nous explique comment on va pouvoir procéder avec cette commission-là quand un des deux témoins principaux refuse de comparaître.»
Étirer la sauce
Selon Mme Hivon, avocate de formation, Me Bellemare pourra étirer la sauce pendant longtemps avec ses recours. «Il peut gagner beaucoup de temps, estime-t-elle. La commission a commencé hier [lundi] ses travaux, et on est loin de savoir quand, et même si, les travaux vont pouvoir se terminer.»
À l’ADQ, la députée Sylvie Roy se demande aussi si la commission peut continuer sans l’ex-ministre. Elle appréhende par ailleurs les témoignages dans le cadre de la poursuite de 700 000 $ de M. Charest contre M. Bellemare. «Ça va finir en lutte dans la boue entre un premier ministre et son ex-ministre, dit-elle. On va avoir un épisode pas très glorieux pour le Québec. Ça aurait été plus simple d’entendre M. Bellemare en commission parlementaire.» D’après le député de Québec solidaire, Amir Khadir, l’ex-ministre doit aller à la commission Bastarache, même s’il a raison de remettre en doute sa crédibilité «parce que la patience du public est mise à mal». «Il y a des millions de dollars engagés et maintenant, c’est lancé», affirme M. Khadir.

 

 

 

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