Déclaration au sujet de la direction du PQ

Depuis l’élection d’octobre, plusieurs me demandent si je compte me présenter à la direction du Parti québécois. Dès le départ, j’ai répondu que selon moi, nous devions nous concentrer sur le « quoi » avant le « qui » et je suis heureuse que nous ayons choisi d’emprunter cette voie en tenant d’abord un Congrès extraordinaire cet automne. Cela n’a toutefois pas, bien sûr, mis au rancart complètement l’intérêt pour les questions liées à la chefferie et, alors qu’elles surgissaient à nouveau dans les médias à l’hiver et au printemps, j’indiquais qu’en raison de ma réalité personnelle, je n’étais pas en mesure de prendre cette décision à ce moment.

À la faveur de la pause estivale, j’ai pu confirmer la pleine mesure de cette réalité, c’est-à-dire que je vis le moment où ma famille a le plus besoin de moi depuis que je suis en politique et où j’ai le plus besoin d’être là pour elle. Aussi, l’idée de relever simultanément le défi qui requiert le plus grand niveau d’engagement en politique et de faire coexister ces deux « niveaux de défis » d’intensité supérieure, à la fois personnels et politiques, n’est tout simplement pas envisageable pour moi. Cela m’amène donc à prendre la décision de ne pas être candidate lors de la prochaine course à la chefferie.

C’est évidemment une grosse décision mais les conditions n’étant tout simplement pas réunies pour que puisse me lancer en ce moment, c’est une décision qui s’est imposée clairement et qui est la seule que je peux prendre en toute sérénité.

Ceci dit, j’aurai sûrement un petit pincement au cœur lorsque la course prendra officiellement son envol car ce sera un défi énorme mais extraordinaire à la fois de mener notre parti sur la voie du renouveau et de la reconnexion avec la population, en compagnie de tous les gens qui croient en son avenir. Et c’est aussi parce que ce parti et ses membres méritent d’avoir un chef ou une cheffe qui pourra offrir précisément le niveau d’engagement nécessaire, en ayant la paix d’esprit de pouvoir s’y consacrer dans la pleine et entière mesure requise par la fonction, que je ne peux être sur les rangs.

Je ne voudrais surtout pas que ma décision puisse donner l’impression que la conciliation famille-politique est mission impossible. Au contraire, je crois, bien que cela soit certes difficile et représente un défi constant, que oui, la conciliation famille-politique est bel et bien possible. Je pense d’ailleurs en être un exemple clair, étant devenue députée et mère à dix jours d’intervalle à peine, puis ministre, candidate à la chefferie et vice-cheffe, en organisant toujours ma vie de manière à tenter de maintenir un certain équilibre. Malgré cette vie frénétique qui vient avec les fameuses pointes ponctuelles de culpabilité, les aléas et les ajustements perpétuels, j’ai généralement eu le sentiment que le bien-être de mes proches n’était pas trop durement affecté par ma vie politique. Et cette vie politique a toujours été et est toujours pour moi source d’épanouissement, de dépassement et de grande satisfaction.

Avant de conclure, je souhaite adresser quelques mots particulièrement aux gens de Joliette que j’ai le privilège de représenter ainsi qu’aux autres personnes qui croient en moi et qui auraient souhaité que je devienne cheffe du Parti. Je tiens à vous dire à quel point votre confiance me touche, m’importe et m’inspire à toujours donner le meilleur de moi-même, comme je peux vous assurer que je continuerai à le faire dans toutes les fonctions qui sont les miennes. Je vous remercie du fond du cœur de ce soutien indéfectible qui est extrêmement significatif pour moi. Je suis confiante que vous comprendrez ma décision, car si je me fie aux commentaires que plusieurs d’entre vous me faites, une des choses que vous appréciez est le fait que j’accorde beaucoup de place à l’humain en politique. Or, cette fois, « l’humaine » que je suis, pour pouvoir cohabiter avec la femme politique que je suis, doit justement passer avant les considérations, les enjeux et les défis strictement politiques.

C’est par souci de clarté et de transparence que je souhaite communiquer ma décision dès aujourd’hui. Et je le fais de la manière la plus ouverte possible, tout en conservant, vous l’aurez compris, le détail des raisons bien personnelles qui sont en cause par respect pour mes proches. Même si la course n’aura pas lieu avant 2020, je trouve important de donner l’heure juste à mes collègues et aux membres du Parti québécois. Cela m’apparaît d’autant plus important que je siège sur un comité de travail en préparation de ce congrès ainsi que sur le conseil exécutif national du Parti, dont les réunions reprennent au cours des prochains jours. En faisant part de ma décision aujourd’hui, les positions et propositions que je défendrai à ces instances ne pourront aucunement être interprétées comme celles à la base du positionnement d’une potentielle candidate à la chefferie mais bien comme celles d’une militante et d’une députée.

Et c’est ce que je demeure plus que jamais: une militante et une députée, la fière députée de Joliette, profondément engagée dans la reconstruction de notre parti et dans la raison fondamentale qui le pousse à se battre, l’indépendance du Québec, soit le projet à la fois le plus normal et le plus emballant que l’on puisse offrir de bâtir avec les Québécois et les Québécoises pour assurer leur épanouissement et l’avenir de notre nation.

On continue!

Donnez votre appui à Véronique Hivon