Éducatrices en maternelle: une solution qui pourrait «faire mal aux CPE»

Journal de Québec, le 6 août 2019. La volonté du gouvernement Legault de permettre aux éducatrices en service de garde d’enseigner dans des classes de maternelle est vivement dénoncée, notamment par les partis d’opposition qui craignent que cette ouverture ne se fasse au détriment des CPE.
 
Le Journal rapportait lundi que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a déposé un projet de règlement qui vise à élargir l’accès à la profession enseignante, dans un contexte de pénurie.
 
Québec veut permettre aux éducatrices en services de garde d’enseigner au préscolaire, à condition d’être inscrites dans un baccalauréat en enseignement et d’avoir complété au moins trois cours de cette formation universitaire.
 
Le gouvernement Legault s’est engagé à offrir la maternelle 4 ans pour tous d’ici cinq ans, ce qui nécessitera l’ouverture de 2600 nouvelles classes.
 
«Improvisation»
 
La députée libérale Marwah Rizqy estime que ce projet de règlement permet d’illustrer à quel point le gouvernement caquiste fait preuve d’«improvisation» dans le dossier des maternelles 4 ans. Elle craint que le recours aux éducatrices dans le réseau scolaire nuise aux services de garde.
 
«On ne veut pas accentuer la pénurie dans le réseau des CPE pour répondre à une autre pénurie. On va faire mal au réseau des CPE et si on fait ça, on va faire mal aux familles québécoises», a-t-elle affirmé.
 
Même son de cloche de la part du Parti québécois et de Québec solidaire. Avec cette solution, le gouvernement ne fera que déplacer le problème de main d’œuvre d’un réseau à l’autre, alors que les parents réclament des places en CPE plutôt qu’en maternelle 4 ans, affirme le député solidaire Sol Zanetti.
La députée péquiste Véronique Hivon affirme par ailleurs qu’il est «assez paradoxal» que le gouvernement se tourne «en désespoir de cause» vers les éducatrices en services de garde, après avoir mis de l’avant la qualité de la formation des enseignantes au cours des derniers mois.
 
Ces inquiétudes sont aussi partagées par Lucie Longchamps, représentante du secteur des responsables en services de garde à la Confédération des syndicats nationaux (CSN). «On sent la précipitation et la volonté d’aller de l’avant à tout prix», lance-t-elle.
 
Pas d’exode
 
Cette dernière reconnaît toutefois que cette solution ne devrait pas mener à un «exode» des éducatrices vers le réseau scolaire, puisque les conditions à remplir sont «exigeantes». Les éducatrices devront travailler à temps plein et étudier à temps partiel pendant plusieurs années.
 
De son côté, Égide Royer, un expert qui réclame depuis des années que la maternelle 4 ans soit offerte à tous les petits Québécois, n’est pas inquiet pour la qualité de l’enseignement au préscolaire.
 
Il estime que le recours aux éducatrices en services de garde dans les classes de maternelle est une solution «tout à fait acceptable et même exigeante», dans le contexte de la pénurie de main-d’œuvre, puisque les éducatrices doivent compléter en parallèle leur formation universitaire en enseignement.
 
Au cabinet du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, on a tenu à préciser mardi que cette mesure n’est qu’une parmi d’autres qui visent à faciliter l’accès à la profession enseignante.
 
Le projet de règlement est présentement en consultation.
 
Plan d’action à venir
 
De son côté, le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe, a voulu se montrer rassurant. «Ce projet de règlement ne toucherait qu’une partie du personnel des services de garde puisque plusieurs conditions doivent être respectées», a indiqué son attaché de presse, Antoine de la Durantaye.
 
Un plan d’action sera bientôt mis en œuvre afin de trouver des solutions à la pénurie de main-d’œuvre, a-t-il ajouté.

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