Un budget additionnel pour les élèves défavorisés

Le Devoir, 9 mai 2019. Des allocations supplémentaires provenant du Comité de gestion de la taxe scolaire de l’île de Montréal (CGTSIM) pourraient être attribuées dès cette semaine aux commissions scolaires montréalaises ; des montants qui pourraient atténuer les effets de la perte du soutien alimentaire dans certaines écoles, a appris Le Devoir.

« On va présenter jeudi (aux membres du Comité de gestion) une augmentation des allocations, qui va atténuer considérablement l’effet de la révision de la classification des écoles », a soutenu mercredi Hélène Meagher, directrice générale du CGTSIM.

La révision de la carte de défavorisation de l’île de Montréal, un exercice piloté par le CGTSIM, fait en sorte qu’un millier d’élèves défavorisés fréquentant 14 écoles primaires de l’île de Montréal seront privés de repas subventionnés à 1 $ à la prochaine année scolaire. L’ensemble des élèves de 15 écoles primaires cesseront, quant à eux, de recevoir des collations. Cinq écoles perdront d’un coup ces deux volets de la mesure alimentaire.

Estimation plus optimiste

La hausse des allocations du CGTSIM, qui sera proposée jeudi, provient d’une estimation « plus optimiste » des revenus de la taxe scolaire, explique Mme Meagher. « On fait une estimation un peu plus positive des revenus — quitte à aller en déficit — pour que les cinq commissions scolaires puissent bénéficier d’une augmentation globale des allocations. »

Cette enveloppe — qu’Hélène Meagher n’a pas chiffrée — ne sera pas expressément consacrée à l’aide alimentaire, mais elle devra servir à offrir des services aux élèves défavorisés. La directrice générale du CGTSIM dit toutefois espérer que les commissions scolaires utiliseront cet argent frais pour offrir un soutien alimentaire aux élèves fréquentant les écoles qui perdront, en septembre, l’un ou l’autre des volets de la mesure alimentaire.

Ces écoles, qui ne sont plus cotées défavorisées, se situent dans des quartiers qui se sont embourgeoisés au cours des dernières années, mais où vivent toujours des familles à faible revenu.

La révision de la carte, désormais basée sur les données du recensement de 2016, permettra en contrepartie aux élèves de 10 écoles primaires montréalaises, maintenant classées défavorisées, d’avoir accès aux repas subventionnés à 1 $ dès septembre et aux élèves de 13 écoles primaires de commencer à recevoir des collations.

En mêlée de presse mercredi matin à Québec, le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur Jean-François Roberge a laissé entendre qu’il serait « possible, peut-être, d’améliorer la façon de distribuer l’aide alimentaire ».

« Si (le CGTSIM) veut revoir ses critères pour mieux distribuer cet argent-là, il a toute la légitimité pour le faire », a-t-il précisé. « On peut ouvrir un dialogue. Il n’est pas trop tard pour septembre prochain. »

Pour Véronique Hivon, porte-parole du Parti québécois en matière d’éducation, il est clair « qu’il faut faire un travail sur l’indice de défavorisation ». « Mais à très court terme, il faut s’assurer que les enfants (qui bénéficient de la mesure alimentaire) ne la perdent pas du jour au lendemain. »

20 000 élèves

Le programme de soutien alimentaire est essentiellement financé par le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. Pour l’année scolaire en cours, sur l’île de Montréal, 20 000 élèves du primaire reçoivent des collations, ce qui représente un budget de 1,3 million de dollars. Et un montant de 3,1 millions de dollars permet à 4900 enfants défavorisés de recevoir un dîner chaud à 1 $.

Pour Marie-Claude Paquette, conseillère scientifique spécialisée à l’Institut national de santé publique du Québec, l’indice de défavorisation est imparfait puisqu’il « porte sur l’école et son quartier et non pas sur les élèves qui sont à l’intérieur de l’école ». Il évite toutefois de stigmatiser les élèves défavorisés, souligne-t-elle.

Hélène Meagher se dit prête à participer à une discussion sur la révision de l’indice de défavorisation. « Mais je pense sincèrement que nos règles de répartition sont équitables […], ce sont les besoins qui sont trop grands. »

Donnez votre appui à Véronique Hivon